Paul et Pauline

Il les regardait vivre...
Il 's'aimaient depuis tres longtemps, ils étaient médecins tous les deux, ils se sont connus jeunes durant leurs études, elle était belle en étant jeune, ils avaient quatres enfants et une vie bien remplie, de travail et de joie.
Puis vint la maladie, doucement, insidieusement, a pas lent. L'oublie d'un mot ici, d'un nom la, d'une adresse. L'oublie qui s'installe dans cette vie.
J'ai tellement de choses dans ma tete qu'il faut en éliminer..
Et un jour je ne sais plus rentrer chez moi, je me perds, je suis perdu.
J'ai du mal a me souvenir des noms de mes enfants, mon mari Paul je m'en souviens .
Et la vie devient difficile, insupportable pour lui. Alzheimer, le mot est dit, lourd de sens ;
Sa mere a la mort de son pere a porté le deuil en rouge, n'aimant pas le noir, alors logiquement elle déambule en rouge en l'honneur de son pere, veste rouge, chaussettes rouges, chaussures rouges, nappes rouges, levres rouges..Histoire de conserver cette identité et se rapprocher de ce papa qui lui manque.
Elle transporte avec elle son sac, rouge ou elle ecrit avec difficultes sa vie, pour ne pas oublier, oublier qu'elle existe et le montrer aux autres, elle sait encore ecrire, elle tient son agenda, comme avant, au temps ou elle etait quelqu'un. au temps ou on la respectait . Ce sac qui commence a s'abîmer tant la vie est longue et lourde remplie de petites cuilleres qu'elle entasse dedans parce que son employée au temps ou elle la servait jetait a la poubelle les petites cuilleres avec le gâteau et elle les reprenait. Aujourd'hui elle les cache, au cas ou.
Elle se demande la raison de sa présence dans cette < unité spécialisée >, ces gens la qui la regardent, ces yeux méchants lancés a celle qui n'est pas comme eux, elle ne vient pas de la terre elle vient de la ville, elle n'éleve pas les poules, elle sauve des vies.
Elle préfere manger une demie brioche a midi avec la confiture, beaucoup de confiture, le sucré est une valeur sure face au salé de pietre qualité.
On lui demande de se mettre nue face a cette inconnue, mais pourquoi, si elle n'a pas conscience de sa déchéance. Mais ils finiront pas y parvenir, il faut etre propre meme si je ne suis plus moi-meme., je serai une autre, propre.
Paul vient la voir chaque semaine, le dos courbé, le poids des ans et le poids de la souffrance.
Il l'embrasse, ces levres rouges, s'enferme dans la chambre, dans un reste d'intimité, la caresse, tente de la raisonner dans ses actions sans sens pour nous, plier et déplier les nappes, se poster face a cette porte qui la sépare de la liberté, derriere il y a les autres, et les autres n'oublient pas, je ne veux plus oublier.
Puis vient le séparation, tragique, < ne me laisse pas la Paul, je veux rentrer chez moi >
Et il se courbe encore plus, n'ose plus croiser son regard humide, retient ses mots. Il aimerait l'emmener, le libérer, mais la maladie est la, elle rode, elle l'encercle.
Il repart comme a chaque fois le tete basse, les yeux en pleurs. Paul est venu, elle oubliera jusque la prochaine fois.
< Viens ma chérie, emmene moi, je t'aime ma chérie >, elle le chuchote a qui veut bien l'écouter.mais elle reste.