Témoignage de Evelyne

Je suis infirmière libérale mais surtout je suis la fille de Louis qui vit dans l’unité sécurisée OBLIVIO. En tant que professionnelle ce que je vis dans l’unité c’est la concrétisation journalière d’un projet d’établissement auquel j’avais participé il y a plus de douze ans dans une maison de retraite de la région parisienne.
Je me sens bien dans l’unité OBLIVIO parce que j’y retrouve les valeurs que mon père m’a données : de partage, de respect, de liberté (dans les limites de celles des autres), honneur, confiance réciproque, tendresse, humour, convivialité. J’y suis accueillie autant que l’est mon père, chaque jour.
La philosophie de l’unité est celle du Carpe Diem, profiter de chaque jour et de chaque instant présent. Les membres de l’unité me permettent de vivre cette philosophie avec mon père en m’encourageant à partager sa vie et à partager la mienne. Il sort le plus souvent possible quand son état général le permet. Nous parcourons des kilomètres pour aller voir mon frère dans l’Hérault ou retourner dans son village de l’Aude ou aller chez ma sœur à Castres.
Je suis libre de le rejoindre dans l’unité quand je peux. J’en fais part à l’équipe la veille pour l’organisation. Je partage souvent le repas et donc la vie des colocataires aussi. Ils me voient quasiment tous les jours.
Accueillie par tous les membres de l’unité, que ce soit les aidants ou les aidés, parfois j’aide, parfois je suis aidée. Il y a égalité des membres de l’unité que ce soit les aidants ou les aidés, quelle que soit leur spécificité et leur place. Pour illustrer cela : à la fin d’un repas, nous avons vu un des colocataires amener une «  aide-retraitée », comme je les appelle, aux WC. C’est lui qui la tenait par la main et la conduisait.
Les compétences de chacun sont utilisées qui pour faire un gâteau ou des crêpes ou éplucher des légumes pour la soupe.

On peut être aidé et parfois aidant :
Papa un matin, a tenu pendant une heure la main d’un collègue un peu plus inquiet.
Papa a sa place dans l’unité, il peut exister avec sa propre personnalité.
Il m’a même dit, un jour qu’il allait au travail parce qu’il participe selon ses compétences à la vie collective.
C’est aussi la philosophie de  «  l’ici et maintenant » qui sous-tend l’organisation de la vie collective. Il s’agit de maison et non d’institution.
Plaisirs partagés de manger de bonnes choses préparées ensemble : soupes, crêpes, beignets ou tartes ou crumble.
Plaisirs d’écouter de la musique de partager la fête, des anniversaires, de danser. J’ai dansé à une occasion avec papa ; je ne l’avais jamais fait.
En plus de partager les bons menus élaborés par les cuisiniers.
L’air de liberté qui souffle dans l’unité souffle aussi sur ma relation avec papa. Souvent papa se lève à 11 heures. Chacun prend son petit déjeuner à l’heure où il s’éveille, 11 heures étant la limite quand même pour ne pas gêner l’organisation du repas de midi.
Cet air de liberté souffle aussi dans ce qui advient de la parole entendue et des plaisirs partagés dans ma famille, papa avec ses enfants, petits enfants, amis.
C’est sa vie sociale qu’il continue et qui commence dans l’unité.
Je ne ressens pas de clivage ou de rupture de notre vie de père et fille parce qu’il est dans l’unité.
Je suis rassurée parce qu’il n’y a pas de barrière à son lit. C’est un lit très bas particulièrement étudié. Ma hantise était de voir mon père dans un lit à barreaux.
Pour illustrer ce que je vois en tant que famille à chaque instant je peux dire que mon père a le choix de ses aliments, le choix de déambuler ou de s’allonger, de sortir et entrer, aller et venir dans sa famille tant qu’il le peut et le veut.
Il peut communiquer verbalement, il sera écouté, ou de façon non verbale, il sera réconforté.
Nous rions beaucoup, nos échanges sont pleins de vie.
Je suis responsable de mon père et les membres de l’unité m’y aident.
Ensemble nous lui apportons la sécurité matérielle et affective dont il a besoin.
C’est comme si, pendant que je travaille et mène ma propre vie, il avait sa maison. Une maison d’accueil, accueillante, la maison des retraités, et sa chambre c’est chez Louis. Il reconnaît sur la porte son nom et sa photo.
L’objectif commun étant qu’il soit le plus heureux possible. Ceci valable pour chacun des colocataires de l’unité OBLIVIO.

NB : ce petit témoignage n’est qu’un aperçu de la richesse vécue avec mon père.

Evelyne.